Le sens de la marche
« Le sens de la marche » : un rail-trip sonore dans l’autorail Picasso
Prolongeant Voix L, nous entreprenons aujourd’hui la réalisation d’un second opus intitulé « Le sens de la marche », rail-trip onirique d’un égaré embarqué dans l’autorail Picasso, récit musical s’appuyant sur dix textes originaux évoquant l’imaginaire auquel le train nous attache, les images fortes et les sons vers lequel il nous entraine, … toujours en compagnie de Simone, la voix des voies…
L’accent sera mis cette fois sur un étrange train, et sur tout l’imaginaire auquel le train nous rattache: dialogue entre un voyageur égaré et une étrange contrôleuse, voyage onirique que les sons et la musique accompagneront tout au long du trajet, toujours avec la complicité de Simone Hérault, la voix des voies, notre irremplaçable diva.
Pour la deuxième étape de ce (micro) sillon ferroviaire que nous continuons de creuser, concept album alliant textes lus et musique, il convenait de trouver des voix nouvelles. Nous sommes très heureux que Charles Berling, Acteur, metteur en scène, directeur de théâtre, réalisateur, scénariste…, ait décidé de s’associer au projet « le sens de la marche » et d’incarner avec le talent qu’on lui connait «l’égaré» », personnage central du récit. Il apportera au projet sa très riche expérience de comédien, de metteur en scène, de réalisateur, et participera activement à sa diffusion.
En écoutant pour la première fois le guitariste-compositeur Nico Morcillo lors d’une répétition avec Régine Chopinot, j’ai immédiatement senti que son jeu et l’univers sonore qu’il développe, oscillant sans cesse entre un rock moderne structuré et des musiques plus libres et expérimentales, pouvait entrer en résonnance avec ce projet. Et c’est tout naturellement avec lui, guitariste aussi talentueux qu’ouvert aux aventures sonores audacieuses et singulières que ce nouveau duo musical se constitue.
Le pitch…
Le sens de la marche, c’est le voyage d’un égaré errant de quai en quai, décidant de quitter sa vie d’avant, d’aller de l’avant, mais dans le bons sens cette fois, dans le sens de la marche. Il a trouvé sa voie, et monte enfin dans un train, pas n’importe lequel : l’autorail Picasso, motrice apparemment surannée, mais capable de prouesses insensées, une indémodable référence. Las de faire le mariole et des promesses de départ sans lendemain, il veut larguer cette vie d’égaré volontaire « J’ai choisi les petites lignes, je voulais décrocher, je m’entends plus avec les voix rapides » annonce t’il d’emblée.
Mais il veut trouver une bonne place, s’asseoir dans le bon sens, « la proue vers la marée montante, pour moins de résistance, éviter la nausée, chasser la céphalée »
« Vous avez pris place dans L’autorail Picasso, motrice picturale, diesel panoramique » lui répond Simone « Nous irons de Massilia à Burdigala, ou de Hyéres, à Toulon, peut-être même à Guernica, ou à Galactica, selon l’humeur du chef »
Dans ce train qui ne s’arrête plus, étonnamment toujours tourné vers l’avant pour fuir le passé, de wagon en wagon, de station en station, en à peine dix morceaux, l’égaré nous entraine dans un voyage empli d’étranges rêveries et de rencontres inattendues : il tente de prendre les commandes de l’autorail, poursuivi par les méchants, il saute sur les wagons, puis arrêté en pleine voix, en plein chant, souhaite se mettre des yeux de poisson pour plus de latéralité, il espère ensuite baisser l’accotoir qui le sépare de sa voisine et rêve d’une chambre avec vue sur la mer, veut aussi comprendre pourquoi c’est toujours Picasso qu’on laisse en bout de rame, et finit par se lasser de la vue des vaches…
Mais Picasso, imperturbable, roule à fond de train, brule les arrêts dans le froid, roule depuis des lustres dans l’obscurité, puis décolle vers des ailleurs meilleurs et fonce vers les étoiles, à la grande surprise des vaches qui l’observent en relevant la tête tout au long de la voie.
On en est où ? :
Il existe assez peu de repères pour des créations sonores de ce type, autant récit que poésie sonore et musicale, associant improvisations instrumentales, textes dits et parties enregistrées (boucles et paysages électroniques), moins en tous cas que pour du jazz, ou du rock, plus codés dans leur structure sonore et créative. Ceci nécessite donc un travail spécifique d’écriture, de mise en forme et de partage que seul un temps en résidence permet d’articuler.
A partir de textes écrits spécifiquement pour cet étonnant voyage, nous élaborons avec Nico Morcillo la musique et tout l’univers sonore du « Sens de la marche », afin de découvrir et faire émerger pour chacun des morceaux les couleurs sonores les plus porteuses d’images et de sensations, un continuum mélodique allant crescendo vers une destination inconnue, dans la tradition du « concept album » qui nous est chère à tous deux.
Une première au théâtre Denis de Hyères en Mars 2024 a permis le lancement de ce projet. Au programme, dix textes vite et magistralement « bouclés » par Nico Morcillo au synthé analogique et la conception musicale de cette histoire.
Après une deuxième résidence au Théatre Denis en Juillet 2024 permettant de travailler les parties instrumentales, nous avons enregistré le disque (vinyl et CD) du 27 au 31 Mai 2025 au studio Coxinhell de Saint-Aygulf, séances associant les quatre partenaires du projet (Charles Berling, Simone Hérault, Nico Morcillo, Hervé Passamar ).
La pièce sonore « Le Sens de la marche » a été conçue et mixée en Dolby Atmos (son 3D binaural ), procédé spécifiquement adapté à l’écoute au casque permettant une immersion totale dans le son, amplifiée par les sensations physiques que ressentiront les voyageurs. En effet, des négociations en ce sens ont été entreprises avec Gares&Connexions pour diverses collaborations, notamment l’écoute dans les trains, ou toute autre méthode de diffusion.
Parallèlement, « Le sens de la marche » fera l’objet d’un album 33t vinyl, concept album sur le label indépendant « Les disques en rotin réunis ».
Des contacts sont en cours avec divers lieux de création et de diffusion de spectacle vivant pour la programmation d’une version scénique du Sens de la marche.
Le sens de la marche : les paroles
L’égaré : Charles Berling
La chef de bord : Simone Hérault
1) Intro
2) Le sens de la marche
3) Place libre ?
4) Toi terrasse
5) Pleine voix. Va savoir (et reviens vite)
6) Fish eye
7) Poste de pilotage
8) Côte à côte
9) Fond de train
10) Super sonique
J’ai choisi les petites lignes
Je voulais décrocher
Je m’entends plus
Avec les voix rapides
Trop longtemps immergé
Faut r’faire surface
S’échapper par palier
Décompresser peinard
Tirer des bordées
J’en pouvais plus
Louvoyer vous ?
Pressé de faire des détours
Remonter au vent
Dans le sens d’après
Au rythme de la marche
Zigzagueur égaré volontaire
J’ai choisi les petites lignes
Je voulais décrocher
Je m’entends plus
Avec les voix rapides
Je choisis les petites lignes
Je voulais décrocher
Je m’entends plus
Avec les voix rapides…
« Madame, Monsieur,
Autres, divers genres,
C’est moi la cheftaine
Seule maître à bord
Qu’on se le dise
Vous avez pris place à bord
De l’Autorail Picasso,
Motrice picturale
Je répète, autorail Picasso
Diesel panoramique
Motrice picturale
Desservira peut être les gares de Sens, Hyères, Marseille, Murcia, Barcelone, Paris, Madrid, Malaga, Avignon, Dinard, Vallauris. Il ira de Massilia à Burdigala, ou de Hyéres, à Toulon, peut-être même à Guernica, ou à Galactica, selon l’humeur du chef
Mais avant de filer droit devant
Pensez à ne rien oublier derrière
La vie est à l’avant
Dans le sens de demain
Allez dans le bon sens
Mais attention à la marche
La vie est à l’avant
Dans le sens de demain
En avant toute
Et tous » > Simone Hérault
Gare de Sens ?
Ça rime à rien
C’est absurde d’aller là-bas
Trouver une place
Mais attention à la marche
S’asseoir dans le bon sens
La proue vers la marée montante
Pour moins de résistance
Eviter la nausée
C’est assez comme ça
Chasser la céphalée
La proue toujours
Fallait sortir de cette boite noire
Sauter comme un beau diable
Quitter la gare sombre
Echapper au triage
Suffit les douces invites
Et les belles promesses
Tout laisser en plan
Sans rien échafauder
S’échapper belle
Poches crevées
Sans la valise
Pas même de mallette
Léger
Pas d’impair
Tant pis pour les embruns
Toujours possibles sous ces latitudes
Fallait sortir de la boite noire
Sauter comme un beau diable
Quitter la gare sombre
La laisser là bas
S’époumoner dans ses micros
A gorge déployée
« Madame, Monsieur,
Autres, divers genres
Je répète
Avant de filer droit devant
Pensez à ne rien oublier derrière
Allez dans le bon sens
Attention à la marche
En avant toute
Et tous »
>Simone Hérault
Comme elle dit la belle dame
Je l’ai assez entendu, attendu
A moi les grands espaces
Trouver une bonne place
Mais attention à la marche
S’asseoir dans le bon sens
La proue vers la marée montante
Pour moins de résistance
Eviter la nausée
Chasser la céphalée
La proue toujours
Pas encore finir à l’envers
Dans un décor médiocre
Toujours mal tourné
Gare au passé
Sans se retourner
Plus d’erreur
Gare
Pas d’impair
Tant pis pour les embruns
Toujours possibles sous ces latitudes
Désormais, toujours regarder en face
Droit devant, la vie devant soi
Plus la vie d’avant
La vie à l’arrière
Entouré des planqués
Dans le sens du vent
Vestes bien retournées
Doublures apparentes
Suffit les douces invites susurrées
Sans lendemain qui chantent
Une place libre
Comme l’air
Du temps qui nous reste
A voyager
Libre
Pas détenue,
Pas engagée
Sans liaison apparente
Non assujettie
Et la proue vers la marée montante
Pour moins de résistance
C’est assez
Eviter la nausée
Chasser la céphalée
C’est ma chance
Tout laisser en plan
Sans rien échafauder
Tourner le dos aux embrouilles
Aux nuages sombres
Echapper à la belle
Sans se faire des histoires
La quitter
Sans se retourner
Dans le sens de demain
Plus d’impair
Tant pis pour les embruns
Gare
Rester sourd
A ses annonces
Ne même pas la voir s’éloigner
Agitant peut être le bras
Dos tourné
Col relevé
Faucon maltais
Casablanca ou Key largo
Mais pas d’impair
Echapper à la belle
Sans se faire des histoires
La quitter sans se retourner
Tant pis pour les embruns
Vaut mieux regarder la vie vers l’avant
Marche
Ou crève
En avant toute
Et tous
Comme disait la dame
Mais attention à la marche
C’était mieux, là bas ?
Tout cela n’était que contre sens
contre cœur
Contre emploi
Mal arrimé
Vents debout et marées basses
A ramer dans la vase
Larguer cette vie d’égaré volontaire
Qui se sentait pousser des ailes
Vite pliées
Promptement rabattues
Caquet bien ravalé
Cette place est libre Madame ?
Dans le sens de la marche
Appétence obligée de l’étrave
C’est pour le mal de tête
Alors la proue toujours
Vous comprenez ?
Pour la nausée
Vaut mieux regarder vers l’avant
En avant toute
Et tous
En avant marche
Ou crève
A peine partis
Gare encore à portée de dos
Douleur juste éclipsée
De gros nuages nous rattrapent
Bien gonflés, pas gênés
Dans le sens de la marche
La proue vers la marée montante
Ça donne la nausée
Zut
Revenir vers les poutrelles d’acier ?
Vers la cage dorée ?
Veste bien retournée
Doublure apparente
Pour moins de résistance
Risquer la gare à venir
Ou celle de derrière ?
Foncer vers la poupe ou regagner la proue ?
Reculer
Pour mieux sauter
Faucon maltais
Casablanca ou Key largo ?
Trop tard
C’est pas du cinéma
Pas d’impair
Tant pis pour les embruns
Toujours possibles sous ces solitude
Alors s’asseoir, vite, tant qu’il est temps
Ne plus opposer de résistance
A l’air
Du temps
Se laisser porter par le souffle
Voir le paysage foncer vers soi
Se le prendre en pleine face
En avant, marche
Ou crève
En avant toute
Et tous
Comme disait la dame
Dans le sens de la marche
Appétence obligée de l’étrave
C’est pour le mal de tête
la proue toujours
Vous comprenez, Madame ?
Dites moi, madame, cette place est bien libre ?
Ce sera parfait pour un évadé
Première
Voiture de tête,
Sens de la marche
J’ai tout coché
Je cherche à décrocher
Si possible en bonne compagnie
En honnête société
Faire connaissance
Croiser le fer
Chemin faisant
Vous savez
On était nombreux au bord du quai
Moi j’ai enjambé les tourniquets
J’ai fait le dur sur les tarmacs
Sauté comme un beau diable
Brulé mes vaisseaux
Pas d’veine
Trop d’injonction
Alors faut qu’je décroche
Que j’échappe à la belle
Sans jamais l’avoir vue
Là-bas
On vous vend que du rêve,
C’est promesse de départs et trajets mirifiques
Tout le toutim
Et de vagues roulettes qui recouvrent le quai
Ah, des types jouent aussi
Une sorte de symphonie pour valises à roulettes
Vite oubliés dans la pénombre du quai
Déserté
Mais eux ne partaient pas, ils sont déjà ailleurs
Mais vous pensez
Que ce truc redémarre
Je cherche à décrocher
A faire bouger les lignes
J’ai choisi Picasso
Je crois qu’on me recherche
Faudrait appareiller
Vite fait bien fait
Ce serait parfait pour un évadé
C’est quand qu’on met les bouts ?
Le palace est vacant, alors on s’en va quand ?
En bout de rame
Le clapotis des vagues
Le babil des indécis
Voiture café, bar à tous les étages
Et toilette et ablutions
C’est écrit en lettres lumineuses
Avec de petites silhouettes
Lumineuses elles aussi, vert, rouge
Libre, occupé, libre, occupé,
Pas le temps, trop occupé
Comme les places
En bout de rame
Le clapotis des vagues
L’ondulation des indécis
Voiture bar ? Par ci, par là ?
Pas gai de chercher
Faut trouver
En bout de rame
Aviron sur la droite
Ascenseur occupé
Lampe rouge allumée
Pas gai si t’es pressé
Tu finiras par arriver
En bout de rame
Le clapotis des vagues
Gazouillis des inconstants
La fuite des incontinents
L’ondulation des hésitants
Ça y est
C’est vert, à moi
« Ah, c’est vous !
Quel étage monsieur ?
Tout en haut ?
Excellent choix, le toit terrasse, bien ventilé, ça décoiffe,
Toutefois, attention aux bandits
Ils font parfois diligence
Et surtout aux tunnels,
Vaut mieux boire allongé
Ça décapite proprement
Sans parler des caténaires
Eux aussi ils décoiffent
Plus d’un s’y est retrouvé
Trépané pas sitôt débarqué
Des distraits, des égarés
Rien à faire là haut
Nous y voilà, je vous accompagne
J’ai fini mon service >Simone Hérault
Courant l’air de rien
On fait des grands écarts
On saute les wagons
On tire au pistolet
Chassés par les méchants
Accrochés dans le vide
Suspendus
L’air de rien
Mais c’est la nuit américaine
On voit comme en plein jour
Artifice du feu roulant
A pleine vitesse
On fait des grands écarts
On saute les wagons
A fonds vers la loco
La lumière s’échappe du tube
On voit comme en plein jour
Nuit américaine
Artifice du feu roulant
A pleine vitesse
J’aperçois les autres
En bout de rame
Le clapotis des indécis
La gesticulation des rampants
Attendant dans le tube
Tout l’été à coup sur
Que la lumière passe au vert
L’air de rien
On s’agrippe aux filets de la voie
On décolle
Chassés par les méchants
On fait de grands écarts
On saute les wagons
Le salut vers l’avant
Vers la tête
En plein vent
Saute ou crève
En avant toute
Et tous
Peu ou proue vers devant
Courant à pleine vitesse
D’air en air
Mais c’est la nuit américaine
On voit comme en plein jour
Artifice du feu roulant
Direct vers la loco
En plein vent
En avant toute
Et tous
Décrochons le wagon
Ils vont rester en plan
Et nous on va filer
Bon train
Picasso allégé…
Arrêtés
En pleine voix
En plein chant
Silence
La coupe est pleine
A côté ils démarrent
On dirait
C’est toujours les autres qui décollent
Regardez
Ils bougent, eux,
Les impériaux
Les véloces
Les gros lourds
Nous, arrêtés
Pleine voix
Plein chant
Silence
La coupe est pleine
Motrice picturale
On fait tapisserie
Autorail Picasso
On peut toujours attendre
L’herbe est plus verte ailleurs
Ou bleu ou rose
Va savoir
Comme les vagues
Plus porteuses où l’on n’est pas
C’est toujours les autres qui décollent
Azurement
Qui bouge ?
Va savoir
Et si on reculait ?
Dos à la marche
On va à la poupe ?
Car moi, appétence obligée de l’étrave
C’est pour le mal de tête
La proue toujours
Vous comprenez, Madame ?
Je veux en avoir le cœur net
Sans allusion ni sous entendu
Beau mirage des oubliés
Chimère du triage
Ici c’est le palais des illusions
L’optique est bafouée
Que fait la loi ?
Va savoir
Comme ça j’en aurai le cœur net
Etincelant
La vision réaliste
Mais
C’est interdit de traverser les voies
De s’en prendre une autre
De sauter par dessus les rails
Crever l’écran
Aller de l’autre côté du rideau
Brouter ailleurs
L’herbe plus verte
Ou bleu
Surfer plus loin
Sur les belles vagues
En plein flou
Azuréen
Qui bouge ?
Va savoir
Et si on reculait ?
Dos à la marche,
On va à la poupe ?
Car moi, appétence obligée de l’étrave
C’est pour le mal de tête
La proue toujours
Vous comprenez, Madame ?
Va savoir
Mais comment être sûr ?
Avoir le cœur bien net
Etincelant
Couper cette indolence
Comment savoir
Si on peut pas y aller ?
Et surtout revenir
Aller c’est simple
Retour
Toujours plus compliqué
Pas facile de revenir d’entre les mots
Quand t’as crevé l’écran
Quand t’as passé la larme à gauche
Revenir pour dire comment c’est
Là- bas au delà des quais
Où les vagues roulent bien haut
Les mécaniques
Ah là c’est sûr
Ils avancent
Ils bougent, eux,
Les impériaux
Les véloces
Les gros lourds
Nous, motrice picturale
Autorail Picasso
On peut toujours attendre
On fait tapisserie
Ils rigolent, ils nous font de grands gestes
Ils nous narguent on dirait
C’est nous les premières, faites place
A nous la voie royale
On est les impériaux
Ils devraient se méfier
Pas toujours facile
De partir par la tête
Comme les poissons
On dirait
Va savoir
Pas possible, faudrait changer de voie
Le tout pour le tout
J’en aurai le cœur net
Etincelant
Couper cette indolence
Passer de l’autre côté du rideau
Crever l’écran
Sauter les rails
Enjamber les voies
Incident voyageur
Fatal error
Pas facile de revenir d’entre les mots
Quand t’as crevé l’écran
Quand t’as passé la larme à gauche
Revenir pour dire comment c’est
Las bas au delà des quais
Où les vagues roulent bien haut
Les mécaniques
« Va savoir.
Mais reviens vite. Gare
Va savoir… mais reviens vite. Gare » > Simone Hérault
On est dans le long tube
La coursive exigüe
Finies cabines et salons
On respire mal
Tous entubés
Sans aire de repos
Sans chambre de décompression
Sans chambre à air
Tubeless
La voiture est opaque
Sans débouché frontal
Sans vision vers l’avant
Droit devant
Ni pont ni viaducs
Pas même en image
Comme avant
Toute
Ni rail, ni voies
Goutte
Et ciel bouché au dessus
Valoches et cranes qui dépassent
Ça donne un peu la nausée
Le sens de la marche
On a que la vue que sur les bords
Les bas-côté et la vie en lisière
Ce qui déborde du champ
Ornement latéral et lassant
Des vaches qui défilent
Des collines qui tracent
Des maisons étirées
Le golfe au loin
Alors autant revêtir de beaux yeux
De poisson
Bien mis sur les côtés
Latéraux écarquillés
Globuleux à souhait
Pour voir les bas-côté
Et la vie en lisières
Regards fuyant sur le périphérique
on voit qu’les bons côtés
Alors autant porter de beaux yeux de poisson
Bien mis sur les côtés
Bien dégagés sur les oreilles
Vision centrale inexistante
Pas besoin
On conduit pas la voiture
On s’laisse porter comme des gosses
On arrivera bien assez tôt
Pour l’heure du gouter
Pour remettre les oeilllères
Voir les choses bien en face
Se les prendre en pleine gueule
Tu m’a s vu ?
Tiens, prends toi celle-là
Alors qu’ici
En réalité
En toute latéralité
Regards fuyant sur le périphérique
on voit qu’les bons côtés
Fish eye, fish eye , …, … , …
On est tous entubés
On respire mal
Bouches bée
Sans chambre de décompression
Sans chambre à air
Tubeless
Mais en toute latéralité
Regards fuyant sur le périphérique
On voit qu’les bons côtés
J’entre en cabine
Essayage pilotage
J’entre en cabine
Curiosité
Essayer piloter
Faut bien oser
Cellule de dégrisement
Avec moi pas d’histoire
Ça file droit sous les tunnels
Ça obtempère sur les ponts
Avec moi pas d’histoire
Qui c’est le chef ici ?
C’est qui à la manœuvre ?
Je prends les commandes
Deux cafés, pour la route
Casquette sur le côté
Pare brise fumé
Clope au bec
Foulard autour du cou
Tu fais ton joli cœur
Amour vache
Et bête humaine
Ca va mes jolies ?
Arrête de rouler
T’es aux premières loges
Assis dans le bon sens
Tu voyages en première
Tu fais ton joli cœur
On te paye pour ça ?
T’as le pied au plancher
Les vaches te reluquent
T’en as sous le capot
Le roi de la loco
Attention dans les courbes
Ménage tes effets
Pas d’effort inutile
J’entre en cabine
Essayage pilotage
J’entre en cabine
Curiosité
Essayer piloter
Faut bien oser
Seul maitre à bord
Tu dis
Et puis
Interdit de parler au conducteur
Qui c’est qui le chef ici ?
C’est qui à la manœuvre ?
Je prends les commandes
Deux cafés, pour la route
Je vais t’asticoter l’aiguilleur
Enfin je vois la ligne
C’est beau comme au ciné
Acier poli
Traverses bien élevées
Caténaires et laminés
Dis moi
Tu t’ennuies pas
Tu roules plus au thermique
Alors pose ta clope
Ici la motrice
Je répète
Ici autorail Picasso
J’ai pris le contrôle de la rame
Nous serons sans arrêt
Jusqu’à nouvel ordre
Suspension des stations
Plus de temps à perdre
Avec moi pas d’histoire
Ça file droit sous les tunnels
Ça obtempère sur les ponts
Avec moi pas d’histoire
Droit devant
A 12h
Je répète
A 12h
Plus de circonvolutions
Droit devant
Bourre la chaudière
Je vais pousser les feux
Cessons de louvoyer
De voir que les côtés
Veaux vaches cochons
J’avais perdu la voie
Strabisme embarrassant
Enfin ôter des tempes
Ces gros yeux de merlan
Friture sur la ligne
Chemin de fer du golfe
Clairement on s’entend pas
Pour passer les commandes
Je reprends les manettes
Pousse toi du milieu
C’est moi qui tiens le manche
Droit devant
Bien retroussées je m’affaire
Bourre la chaudière
Je vais pousser les feux
T’as vérifié le poids
On est pas trop nombreux ?
Je la trouve un peu lente
Surtout dans les montées
Bourre la chaudière
Je vais pousser les feux
Seul maitre à bord
Après Dieu
Tu dis
Et puis
Interdit de parler au conducteur
Qui c’est qui le chef ici ?
C’est qui à la manœuvre ?
Je prends les commandes
Deux cafés, pour la route
Je reprends les manettes
Pousse toi du milieu
A moi clavier
câbles et boutons
Laisse moi le levier
Je passe les vitesses
Commandes fermes
Mets de l’huile
Manettes grippées
Fallait vacciner
Tu veilles à ta machine ?
Tu fais ton joli cœur
On te paye pour ça ?
Tu roules plus au thermique
Alors pose ta clope
Hydrolique pneumatique
electrique magnétique
Ça répond plus
Tu veilles à ta machine ?
Mayday mayday
Allo allo
Chemin de fer du golfe
Friture sur la ligne
Ici autorail Picasso
A vous
Chemin de fer du golfe
Je répète
A vous
Chemin de fer du golfe
Friture sur la ligne
Clairement on m’entend plus
Pour passer les commandes
Deux cafés, pour la route, les derniers
Pourtant
Avec moi pas d’histoire
Ça file droit sous les tunnels
Ça obtempère sur les ponts
Avec moi plus d’histoire
Fenêtre préférée
Vue mer
On se battrait presque
Pour se prendre la vue
Places non assignées
Premier arrivé
Choisit
Autorail Picasso
S’adosser rapidement
Au sofa sombre
Au divan à dossier
Comme chez le soigneur
Des cerveaux égarés
L’extracteur d’idées noires
A vouloir toujours les fenêtres
On en oublie la cour
Pourtant plus accessible
Accotoir nous sépare
C’est important de pas manquer
De mer savez vous
Comme dit le soigneur
Des cerveaux égarés
C’est sans supplément pour voir
La mer la baie
Chemin de fer du Golfe
Aller de côte à côte
D’Est en Ouest
Easy rider
Et au retour
Rider easy
Rail-trip
De mer à mer
Avec vue imprenable
De côte à côte
Massilia – Burdigala
Hyéres – Galactica
Seul à seul
De profil à profil
Mettons ça à profit
Comme chez le soigneur
De cerveaux égarés
L’extracteur d’idées noires
Pour faire connaissance
Qui sait ?
Juste séparés par l’accotoir
Levé ou rabattu ?
Comme vous voulez
Coudes à coudes
Côte à côte
Seul à seul
On se raconte des histoires
Eventées de toutes pièces
Mal ventilées
Jamais vécues
On s’invente
Dans les affaires
Grand voyageur
Seul bien sur
Un peu artiste
Poète sur les bords
Pas mal loti
Encore bien de sa personne
Sans trop se regarder
Profil contre profil
Comme chez le soigneur
De cerveaux égarés
Yeux rivés sur
Dossier
Devant
Dossiers
Important
Tablette
Relevée
Fermée
On longe la mer
Au loin les golfes sombres
De la côte à la côte
Rail trip
D’Est en Ouest
Easy rider
Et au retour
Rider easy
Les mots s’abandonnent
Redeviennent plausibles
Audibles
On se parle d’avant
Pourquoi cet autorail
Ceux qu’on lâche
Celle qu’on pense à oublier derrière
Sans trop de courage
Comme chez le soigneur
Des cerveaux égarés
Fumoir
Boudoir et wagon lit
Fini depuis longtemps
On en rêve
Face à face
Plutôt que parler de profil
Côte à côte
D’ouest en Est
Faces cachées vers fenêtre ou couloir
Yeux rivés sur la tôle
Penchés sur la tablette
De vous à moi
L’arrêt est pour bientôt
Désolé de vous déranger
Je lève l’accotoir ?
Il vous reste une chambre ?
Avec vue sur la mer
C’est sans supplément
Hors saison
Hors champ
Juste en face
A face
Côtes toutes proches
Lit doubles
Accolés
Sans accotoir
Ventilation naturelle
Air marin du matin
Sans supplément
Arrière saison
Premiers embruns
Fini de hâler le chaland
Mini golf délaissé
Mettons ça à profit
Comme chez le soigneur
De cerveaux égarés
L’extracteur d’idées noires
Pour faire connaissance
Face à la cote
Avant qu’on commence à plier
A reprendre la route
Descendre l’accotoir
Retour
Rider easy
On roule depuis des lustres,
Pourtant l’obscurité persiste`
Les vaches deviennent vagues
Ecumant les abords de la voie
Déformées par l’allure de croisière
Que dessine désormais Picasso
Fondant les couleurs et les formes
Bovines indistinctes
Alignées devant nous.
A la longue, leur vision m’ennuie
Tout comme le passage
Quotidien de Picasso
En lasse campagne
Doit en raser plus d’une
On roule depuis des lustres
Pourtant l’obscurité persiste
Les contours restent sombres
Au loin j’aperçois des villes de carton
Empilées, empalées
On va dans le décor ma parole
Les autres n’ont pas l’air de saisir
Les cranes alentour dodelinent
Comme si rien n’était
Perdu d’avance
Personne ne quitte ce wagon
Ni ne monte d’ailleurs
La motrice est forclose
Bouclée à double tours
Il paraît que nous devons refaire un retard
Que personne n’a pris
Rendre ce temps volé
A qui ?
Moi, à part avoir sautées quelques voies
Et fait un peu le dur sur les tarmacs
J’vois pas c’que je fais là
Enfermé avec les autres
Crânes même pas fiers
Annonces inutiles
Nous traversons des gares bondées
A fond de train
Voyant les égarés agiter les bras
Comme pour stopper Picasso
Je me demande
Sur la lancée
Si j’ai pris le bon sens
Celui pourtant tout indiqué
Pour ceux désirant se refaire
Une santé
Partie remise
On roule depuis des lustres
Pourtant l’obscurité persiste
On brule les arrêts
Le froid gagne la rame
Parti trop léger
Malgré les apparences
Ah, une annonce :
« Madame , monsieur, autres,
Divers genre
Soyez patient, ça va chauffer pour de bon
On va vous en mettre plein la vue
Vous en aurez pour votre argent
Ça mérite le détour
Un Picasso à fond de train
Mais retour parfois incertain »
> Simone Hérault
Au fond, heureux les égarés aux poches crevées
Conviés à un rail-trip
Qui, paraît t’il,
Mérite le détour
Je me tourne vers la vitre
Dehors, les vaches dansent mollement
En agitant la queue
Et au loin des trainées lumineuses
Dégringolent sur les villes de carton
De station en station
Hagard d’un hangar à l’autre
Torpeur
Pour encore sauter les barrières
Faire le dur sur les tarmacs
La vie d’avant, à l’arrière
Alors assoupi sur la moleskine
Eclairage d’ambiance
Veilleuses attentionnées
Col relevé
Calé sur la banquette
Dans le sens de la poussée
Obscurité alentour
Comprimés dans le tube
On l’a mis en sourdine
«Ici autorail Picasso
Suite à un changement imprévu
D’aiguillage
Nous serons sans arrêt
Jusqu’à Galactica
Suspension des stations
Inutile de s’arrêter à Guernica
Assez de temps perdu
Le passé est le passé
Plus de circonvolutions
La vie est à l’avant
Dans le sens de demain
Attention à la marche
En avant toute
Et tous
En avant marche
Ou crève » > Simone Hérault
Voilà qui est parlé
La motrice s’ébroue
On entre en vibration
Fermement ceinturés
Passage à la vitesse supérieure
Finie la rigolade
« Ici Picasso, demandons autorisation de décoller » Simone Hérault
Tortillard sur la rampe
Escalier vers les cieux
Ouverts à la grande course
Lancement réussi
Chenille et papillon
Amarres larguées
Fusée auxiliaire
Pompiers volontaires
Scotchés à la moleskine
Picasso en poussée
Impulsion décisive
On va de l’avant
Vertical, sans vertige
Oubliant les vestiges
De cette vie duraille
« Madame, Monsieur,
Nous allons passer en mode supersonique
Veuillez regagner vos sièges,
Les passagers déambulant sur le toit terrasse sont priés de redescendre dans les voiture » > Simone Hérault
Premier essai
Mur du son franchi haut la main
Bravo Picasso
Tu tiens la côte
Rendement propulsif optimal
Je répète
Mach 1
Bi sonique
Tri sonique
Et puis s’en vont
L’Onde de choc est profonde
Durable, exceptionnelle
Picasso forcement
« Vous pourrez bientôt par les hublots latéraux apercevoir quelques planètes > Simone Hérault
Frottons un peu la vitre
Quelques astres errants
Dans des décors célestes
Buée sur les faces cachées
On plane dans le silence astral
Plus dure sera la chute
libre
De station en station
Hagard d’un hangar à l’autre
Torpeur
Pour encore sauter les barrières
Faire le dur sur les tarmacs
Attirance terrestre abandonnée
Gravité disparue
Plus rien de solennel
Nous voilà hors la loi
Bien disposés à s’en passer
On commence à flotter
Mer de la tranquillité à portée
Demain est un autre jour
Qu’importe le sens de la marche
Flèche du temps tirée à rebrousse poil
Plus de direction qui vaille
Assistance inutile
On se décale, on se déporte
Loin de nos centres de gravité
De nos lieux de pesanteur
Sans loi
Cette fois
Tête bêche
Gravité oubliée
On commence à flotter
Mer de la tranquillité à portée
Demain est un autre jour
Gravitation quantique
Aventures cosmiques
La motrice s’amuse
« Attention, nous traversons une zone de turbulence, veuillez de pas quitter vos places, ça risque bouger ! Let’s dance » > Simone Hérault
Ça bombarde la tôle
Intestin grêle criblé
Essaim de météorites
Guêpes en espadrilles
Détritus de l’espace
Graviers haute pression
Ca secoue les ourlets
La banquète vacille
Ça cogne dur le tube
Mais l’autorail tient bon
Picasso est costaud
La motrice serre les dents
Au passage à niveau
De la mer agitée
Tranquillité amère
Au loin on aperçoit la station
Dernier pallier
Décompression finale
Galactica ?
Elle n’a rien de spécial
Une autre boite noire
Sûrement d’autres voix
Ventant d’autres ailleurs
Meilleurs
Directions Monts
Et Merveilles
Objets célestes alentour
Etoiles et galaxies
Planètes et confettis
Garantis
Encore des quais
Toujours la vie duraille
Des tarmacs en veux tu
En voilà
Valises à roulettes grinçantes
Musique perdue en bout de gare
Voyageurs sautillant
Sur les dance floor de l’espace
Pressés et comprimés
Mal au crane rien que d’y penser
Alors
Autant ne plus descendre
S’assoupir sur la moleskine
La mettre en sourdine
Eclairage d’ambiance
Col relevé
Calé sur la banquette
Obscurité alentour
Assoupi
Picasso en veilleuse
Pesanteur me rattrape
Inévitable
La loi reste la loi
Relative et restreinte
T’as beau mettre les bouts
Tenter de t’évader
Au fin fonds de l’espace
T’exiler dans l’Oural
La loi reste la loi
Relative et restreinte
Comme ma liberté
Conditionnelle
Pourtant, de station en station
Hagard d’un hangar à l’autre
Torpeur
Pour encore sauter les barrières
Faire le dur sur les tarmacs
La pesanteur reprend ses droits
Poursuit son œuvre
Picasso impuissant
Elle n’épargne personne
Epuisement physique
Grincement
Saute d’humeur
Mécanique caustique
Chant contre chant
Quantique des Cantiques
De station en station
Hagard d’un hangar à l’autre
Torpeur
Pour encore sauter les barrières
Faire le dur sur les tarmacs
Autant s’assoupir sur la moleskine
Côte à côte
Et la mettre en sourdine
Col relevé
Calé sur la banquette
Bercé par la poussée
Obscurité alentour
Picasso en veilleuse
Avant de s’endormir
Frotter un peu la vitre
Buée sur les faces cachées
Tête posée sur ton épaule
Accotoir relevé, enfin
Puis planer encore un moment
Légers dans le silence astral
Sans imper
Tant pis pour les embruns
Toujours possibles sous ces altitude
«Ici autorail Picasso
Arrêts brulés
Horaires éclipsés
Temps enfin suspendu
Perdu ou retrouvé
Pas trop tôt
Circonvolutions inattendues
Bienvenus contretemps
Alors qu’importe le sens de la marche
Flèche du temps tirée à rebrousse poil
Retour hypothétique
Plus de direction qui vaille
Cela n’a guerre de sens
Seul compte le voyage
C’est moi qui vous le dit
Alors on se décale, on se déporte
Loin de nos centres de gravité
De nos lieux de pesanteur
En tous sens
Ça marche comme sur des roulettes
Etoiles et galaxies
Planètes et confettis
La vie plane alentour
Elle souffle en tous sens
Vous pouvez l’entrevoir
Il n’y a qu’à se pencher
Doucement, par les hublots
Ou relever l’accotoir
Et vous laisser bercer » > Simone Hérault